
Article paru dans L’Identité féminine d’Elsa Triolet, volume collectif sous la coordination de Thomas Stauder, Editions Lendemain , Gunter Narr Verlag, Tübingen, décembre 2010.
A l’initiative de Thomas Stauder, je publie ce mois de décembre dans un volume collectif intitulé L’identité féminine dans l’œuvre d’Elsa Triolet, aux Editions Lendemain , (Gunter Narr Verlag, Tübingen, 2010), un article de 27 pages sur Elsa Triolet et Simone de Beauvoir. Toutes deux ont marqué le XXème siècle par leurs écrits, leurs vies, et leurs engagements. Elles se sont croisées et je pus mesurer, dans mon amitié avec Simone de Beauvoir, combien Elsa Triolet était présente dans l’esprit de Simone de Beauvoir, notamment sur les questions de création littéraire. Chacune mentionne l’autre, Elsa Triolet dans ses Lettres à Lili Brik et Simone de Beauvoir dans La Force des Choses. Leur histoire littéraire et politique mérite qu’on étudie ensemble les deux parcours.
Elsa Triolet reste lue et étudiée même si nombre de ses textes sont aujourd’hui difficilement accessibles. Des collèges et médiathèques portent son nom. L’ensemble de ses ouvrages est cependant moins disponible que ceux de Beauvoir, dont la célébration du centenaire de sa naissance en 2008 a donné un nouvel élan à sa notoriété. Le rayonnement international de Beauvoir bénéficie de son rôle au sein des mouvements pour les droits des femmes de par le monde. Des Etats-Unis à l’Iran, où de nombreux sites Internet la mentionnent, jusque dans les instances internationales, Simone de Beauvoir reste une référence. Elle est citée tant pour Le Deuxième Sexe que pour La Vieillesse, essai majeur sur la condition des personnes âgées .
L’œuvre plus intimiste d’Elsa Triolet ne lui a pas permis, à ce stade, d’acquérir une résonance aussi large que celle de Beauvoir. La chute du Mur de Berlin en 1989, sept ans après la disparition d’Aragon, puis celle du communisme, a sans doute contribué à la mise à l’écart de ses écrits.
En dépit du dynamisme de la Fondation Aragon-Elsa Triolet, des manifestations sur son lieu de mémoire, le Moulin de Saint-Arnoult en Yvelines, du travail remarquable et constant de Jean Ristat, l’omerta qui règne parfois sur l’œuvre de Triolet risque, à terme, de la réduire au rôle d’une muse alors que ses écrits méritent d’être redécouverts. Ce serait le résultat d’une conception classique et patriarcale à l’égard des femmes créatrices, sachant que Beauvoir est également peu enseignée dans les lycées. Le principal ouvrage étudié se résume souvent aux Mémoires d’Une Jeune Fille rangée, et, rarement aux pages fondamentales du Deuxième Sexe sans mentionner Les Mandarins ou Une mort très douce. Le monde universitaire français est peu favorable à des doctorats consacrés uniquement à Beauvoir. La volonté de réduire Elsa Triolet et Simone de Beauvoir, toutes deux femmes de caractère, à de simples compagnes, risque une fois encore de faire plonger leurs œuvres dans l’ombre.
En substance, je ne puis que rappeler ma tristesse lorsque je passe devant le 11bis rue Schoelcher, près du cimetière Montparnasse, où tant de moments forts de l’histoire intellectuelle du XXème siècle se déroulèrent dans l’appartement de Simone de Beauvoir. En dépit d’une plaque apposée à l’entrée de l’immeuble, nos souvenirs en ont été effacés. Cet appartement n’est pas devenu un musée. Mes pensées se tournent alors vers Jean Ristat qui a permis que la demeure d’Elsa Triolet et de Louis Aragon devienne un lieu de mémoire, de vie et de rencontres. Son élégance et sa fidélité l’honorent.
L’identité féminine dans l’œuvre d’Elsa Triolet
Dans la présentation de ce volume Thomas Stauder écrit:
“Ce volume collectif, comprenant vingt et une contributions de six pays, analyse pour la première fois l’œuvre de l’écrivaine française Elsa Triolet (1896-1970) en partant de la perspective des études féministes. Bien qu’elle fût en 1945 la première femme à obtenir le prestigieux Prix Goncourt, dans la perception publique elle resta longtemps dans l’ombre de son mari Louis Aragon, qui la célébrait dans de nombreux et fameux poèmes d’amour, la réduisant ainsi à un rôle plutôt traditionnel d’idole féminine. Mais la vie et l’œuvre d’Elsa Triolet sont sans pareilles sous plusieurs aspects : non seulement pendant sa jeunesse à Moscou, mais aussi dans les années vingt à Paris, elle fut l’amie de quelques-uns des plus importants intellectuels et artistes de l’époque (elle entretint une relation très étroite avec le poète futuriste Maïakovski) ; ayant écrit ses premiers romans encore en russe, elle ne passa au français qu’au cours des années trente.”
En voici le sommaire :
Thomas Stauder (Augsbourg)
L’intérêt des recherches sur l’identité féminine
dans l’œuvre d’Elsa Triolet et les résultats de ce livre …………………..…… 9
Elsa Triolet face aux deux hommes et écrivains les plus importants de sa vie : Vladimir Maïakovski et Louis Aragon………………………………………………………………..
Monica Biasiolo (Erlangen-Nuremberg) Écrire dans (et avec) la langue de l’autre : Elsa Triolet et Vladimir Maïakovski entre biographie et textes ………………….………. 59
Matteo Tuveri (Cagliari) Elsa et Louis : phénoménologie de l’amour contemporain … 81
Alain Trouvé (Reims) Roman et différence sexuelle chez Elsa Triolet et Aragon … 99
Elsa Triolet comparée à deux écrivaines émancipées : Virginia Woolf et Simone de Beauvoir
Claire Davison-Pégon (Aix-en-Provence) Genres d’errance : les méandres d’une identité
au féminin chez Virginia Woolf et Elsa Triolet ……………………………… 123
Claudine Monteil (Paris) Elsa Triolet et Simone de Beauvoir,
deux femmes témoins de leur siècle ………………………………….……… 143
Études transversales de l’identité féminine dans les œuvres d’Elsa Triolet
Marianne Delranc-Gaudric (Paris) L’élaboration de l’identité féminine
chez Elsa Triolet (1896-1948) …………………………………….…………… 171
Geneviève Chovrelat-Péchoux (Belfort-Montbéliard) Elsa Triolet, écrivain ou écrivaine ? 187
Marie-Thérèse Eychart (Paris) La construction de l’identité féminine dans
les premiers romans en français d’Elsa Triolet ……………………………… 203
Loukia Efthymiou (Athènes) Genre, discours et engagement chez Elsa Triolet … 223
Gislinde Seybert (Hanovre) L’impact du politique dans la création des personnages
de fiction dans l’œuvre romanesque d’Elsa Triolet ………………………… 237
Études de l’identité féminine dans des œuvres particulières d’Elsa Triolet
Svetlana Maire (Nancy) Fraise-des-Bois ou l’expression des
tendances féministes d’une société ……………………..…………………… 255
Thomas Stauder (Augsbourg) L’identité féminine fragmentée et multiple dans
Bonsoir, Thérèse ou Comment lire Elsa Triolet avec l’aide
de Jacques Derrida, Elisabeth Lenk et Luce Irigaray ………………….…… 271
Elisa Borghino (Turin)L’identité féminine dans Les amants d’Avignon d’Elsa Triolet ………..…… 295
Carolle Gagnon (Sudbury) Corps de la fête et corps de la guerre dans
les Cahiers enterrés sous un pêcher d’Elsa Triolet ………………..…………… 305
Andrea Duranti (Cagliari) Elsa Triolet : une vie étrangère ………………………………..……………… 319
Anne-Marie Reboul (Madrid) La femme et le combat entre l’âge de pierre
et l’âge de nylon dans l’œuvre d’Elsa Triolet ……………………….……… 335
Dominique-Joëlle Lalo (Paris) Le retour à l’origine dans Roses à crédit d’Elsa Triolet … 355
Graziella-Fotini Castellanou (Thessalonique) Le progrès au féminin, le progrès au masculin
dans l’œuvre d’Elsa Triolet : Roses à crédit ………………..………………… 377
Edith Perry (Marly) Portrait de Blanche Hauteville en Galatée …. …… 389
Marjolaine Vallin (Orléans) L’identité de la narratrice dans Les Manigances …… 401
Jean-Pierre Montier (Rennes) Identité féminine et figure d’auteure chez Elsa Triolet,
dans Le grand jamais, Écoutez-voir et La mise en mots …………..….………… 417